L’adieu Au Blog
Sunday, June 22, 2008
J'ai adoré ces presque deux années de blog. Aimé ce curieux saut dans un vide où d'autres mains pianotent et écrivent pour enrayer la chute.
Il y a ceux qui laissent un message, amical ou critique. J'ai eu de la chance. Jamais d'insultes. Parfois seulement une remise en place quand Antoine Bloch trouvait le bouchon un peu poussé, un peu « trop ». Je garde comme des signes d'amitié l'antisarkosisme instinctif et tranchant du Gab, les pages fiévreuses et baroques de Sabrina, la douceur de Lau , la fidélité d'Oppossum, l'aide précieuse d'Olivier , sans qui rien n'aurait existé, les arguments documentés de Claude, les clins d'œil de Marie Hélène et les mots de tous ceux qui sont passés par là…
Il y a ceux, blogeurs, plus puissants, qui ont ouvert une porte vers chez moi, dans leurs rolls sélectifs.
Il y a ceux et celles qui viennent boire le dernier mercredi du mois au Pavillon Baltard. J'ai fait de belles rencontres, réelles et virtuelles, Verel et son sérieux, Hugues et son humour complice, militant et libre à la fois, Koz et la belle profondeur de son engagement, Jules et son élégance dialectique, Versac et son gène entrepreneur, David qui écrit de Fribourg où j'ai tant d'amis, Toreador, matador énigmatique des veaux gras de la république, Eolas, docte et précis, et bien d'autres, … Ces soirs-là, j'ai été surpris par le tête-à-tête tendu mais chaleureux que vivaient les blogueurs de tous bords, une bière à la main, lorsque la campagne présidentielle faisait rage. Une expérience de démocratie pacifiée. Certains votaient Bayrou et personne ne se moquait.
Deux années à donner mon grain de sel sur des sujets qui me dépassent - pourquoi se gêner ? - à écrire tôt et parfois tard, des billets sans autre destin que de s'afficher un jour sur un écran inconnu, pour faire sourire ou surprendre. Je voulais connaître la blogosphère, comprendre comment tout cela marchait, observer comment cristallise une communauté au contour mouvant, où rien ne distingue les fidèles des volages puisque la règle est celle du chaos des sentiments, des idées et des connivences. Théorie des systèmes auto-organisés. Pour moi, web2.0 sonnait davantage comme le nom d'un colorant alimentaire que comme un changement de paradigme socioculturel. C'est moins le cas.
Disons-le, la période était amusante. Une campagne comme on n'en voit pas souvent. Des figures inédites. Dray et sa tête de commissaire politique, une gueule à faire interdire les coquelicots, pas assez rouges, trop libres. La Belle du Poitou, sa chevauchée, ses robes, ses légionnaires. Bayrou, funambule de l'entre-deux, suicidé du politique. Le triple salto de Besson, une réception impeccable. L'invention journalistique du marronnier permanent par Kanh et son canard. Nicolas victorieux de tout sauf de lui-même et sa Carla en piste pour sa propre Victoire… Un bonheur.
Mais aujourd'hui j'arrête. Avec au cœur le sentiment de trahir ceux qui frappaient à mes pages. J'y reviendrai peut-être, sans doute - mais plus tard - ou très occasionnellement. Je laisse donc tout en ligne. I will be Blog-free, Facebook-free, Plaxo-free, Linkedin-free, for a while. Je dois écrire autre chose, je suis engagé sur un projet qui me tient à cœur. Il faut créer un espace.
Que ceux qui ont aimé passer me laissent leur adresse mail, je préviendrai si, cold turkey, je choisi d'y revenir. Sans doute pas avant la fin 2008.
A tous, je dis merci, et souhaite un très Joyeux Noël.
Vidéo : le célèbre « I have a dream » de Maurice Chevalier, qui fit de si longs et si fréquents adieux.
Arrivé mercredi soir en Slovénie, Ljubljana. Très vert, très pluvieux, une belle terre grasse et gorgée d'eau, la cascade feuillue des camaïeux du printemps, le sentiment que les montagnes ont été tondues pour nous, que les Porsche, les Mercedes et les 4X4 ont été lavés trois fois le matin même. Dans la logique du propre et du sale, les Slovènes ont choisi. Aux Trois Ponts, les touristes mitraillent les trois ponts. La citadelle tient bon, pas un char serbe depuis 91. L'indépendance du pays, alors, a fait sept morts. Chez nous, la moindre boîte de nuit en sortie de grande ville fait mieux tous les weekends. Bienvenue donc chez un bon élève. Un sentiment de sécurité que je pensais n'exister qu'en Suisse.
La dramaturgie politique et quinaire inaugurée en mai 2007 par el presidente ne ressemble pas aux autres (sa femme non plus). On reconnaîtra cela au Locataire. Ce qui s'appelle « bouger les lignes » pour les uns et « faire n'importe quoi » pour les autres est devenu la norme.
Le « principe de précaution » est partout. Pensez-y maintenant. Êtes-vous sûr d'être bien assis(e) ? L'avez-vous vérifié ? Quelles sont les garanties qu'offre l'industriel qui a produit votre chaise ? Avez-vous consulté un avocat avant de l'acquérir ? La luminosité de votre écran n'est-elle pas de nature à endommager votre surface rétinienne ? Qui paiera ? Vos métacarpes sont-ils bien dans le prolongement de l'avant-bras lorsque vos doigts virevoltent imprudemment sur votre clavier ? Avez-vous désinfecté le frigidaire ? Vérifié les clauses d'exclusion de votre multirisques habitation ? L'inconséquence est partout. Il faut vérifier, anticiper. Pour les générations futures. L'inventeur du cassoulet se verra un jour reproché l'assassinat de la couche d'ozone. Le maire de Castelnaudary fera acte de repentance.
Une grosse dizaine de jours dans les Cyclades, un bon vent, une mer belle, un ciel pur, un bon voilier, 10 îles abordées, des villages blancs et bleus, des nouilles, du poissons, des nouilles, de la feta, des nouilles, des tomates, des sucres lents, merci, pas d'infos, pas de journaux, rien sur Sarko, rien sur le réchauffement, rien sur Barrack, pas la moindre leçon de Sustainable Development ou de Développement Durable signée Total, Exxon, GDF, EDF, Danone, Coca Cola, United Technology, Tata, Mittal, Région Poitou-Charente - tous ces nouveaux amis de Bové qui se fardent de vert à longueur de spots et de communiqués - et je pensais donc (en sirotant un Ouzo sur la petite place de Chora, à Patmos) qu'en rentrant je trouverais le Grand Défraîchi un peu refait au tapis des sondages… mais non, il plafonne à 40% en état de Sustainable Stagnation, nouveau concept élyséen. Le président a la gueule basse et il s'y tient. C'est du durable, du sérieux, comme Carla.
Un thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.
Les performances érotico-sanitaires et nocturnes d'Emmanuelle dans les toilettes exigües d'un Jumbo des seventies ont ouvert une page inédite dans les anales du transport aérien et du contorsionnisme sexuel. Si j'ose dire. Même Houdini aurait renoncé. Déjà compliqué de se laver les dents dans ce bocal, pour le reste… Mais le vol de nuit, quel qu'en soit le scénario, reste un moment suspendu, un no man's time compressé vers l'est, distendu vers l'ouest, un huis-clos où le repli sur soi vaut pour loi commune, solitude dans la cabine obscure traversée par les fantasmes des uns ou les turbulences splanchniques des autres. Il y a une magie spéciale des vols de plus de dix heures. Chacun est là et las, calé dans son siège, un œil discrètement rivé sur un film inavouable, l'autre sur la toupie déréglé du temps. On enfile les fuseaux horaires, une jambe après l'autre, on attache sa ceinture.

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A la va-vite. En voyage
J'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.
Profil bas. Faut juste savoir ne pas la ramener, parler d'autres choses… Trouver des sujets de conversation parallèles… vous êtes plutôt chaudière individuelle ou chauffage collectif, vous ? Personnellement, je suis sur l'individuel mais enfin discutons-en… ou les boîtes de vitesse, c'est bien aussi, automatique ? Mécanique ? Des trucs importants.
Parfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…
Je rentre de Barcelone, ça ne pouvait pas mieux tomber. Comme
Un bonheur de bonne heure ce matin dans la radio. Une fois n'est pas coutume.
La météo, passe encore.
Je referme Millenium - le polar de la décennie selon la critique - bobo-thriller en trois tomes sur lequel on se doit d'avoir tremblé entre Noël et le jour de l'an, pour autant que les beaux livres publiés par Acte Sud - Actes Noirs, pour l'occasion - aient trôné sous le sapin au côté "de celui de celle dont nous sommes la plus elle histoire". C'était mon cas. J'ai beaucoup aimé Millénium, et souvent ri nerveusement, on verra pourquoi.
Local ? National ? Européen ? Planétaire ? Galactique ? Universel ? Eschatologique ? Depuis deux mois la presse chauffe la salle en évoquant le « Test des Municipales » et s'étonne aujourd'hui de ce que Sarkozy « politise » un enjeu qui bientôt n'aura de local que le résultat… C'est-à-dire, en fin de compte, le plus important. En d'autres termes, mars 2008 sera la sanction du quinquennat. Tout s'accélère.

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