Jouer pour perdre : bonheur de l’échec
Tuesday, May 13, 2008
Une grosse dizaine de jours dans les Cyclades, un bon vent, une mer belle, un ciel pur, un bon voilier, 10 îles abordées, des villages blancs et bleus, des nouilles, du poissons, des nouilles, de la feta, des nouilles, des tomates, des sucres lents, merci, pas d'infos, pas de journaux, rien sur Sarko, rien sur le réchauffement, rien sur Barrack, pas la moindre leçon de Sustainable Development ou de Développement Durable signée Total, Exxon, GDF, EDF, Danone, Coca Cola, United Technology, Tata, Mittal, Région Poitou-Charente - tous ces nouveaux amis de Bové qui se fardent de vert à longueur de spots et de communiqués - et je pensais donc (en sirotant un Ouzo sur la petite place de Chora, à Patmos) qu'en rentrant je trouverais le Grand Défraîchi un peu refait au tapis des sondages… mais non, il plafonne à 40% en état de Sustainable Stagnation, nouveau concept élyséen. Le président a la gueule basse et il s'y tient. C'est du durable, du sérieux, comme Carla.
J'ai compris que la presse s'interrogeait sur l'énigme. Comment passe-t-on de 65% de satisfaits à ce médiocre 38% qui fleure le PSG, la relégation en seconde div, le tir dans l'axe du pied. Comment un virtuose de la séduction en politique, qui a fait ses preuves sous la mitraille en 2007, peut-il jouer si faux un an plus tard et vider à moitié la salle qui l'a porté aux nues ? Pourquoi a-t-il joué et perdu si vite ce qu'il avait mis quinze années à bâtir ? Quelqu'un d'aussi volontaire n'obtient-il pas toujours ce qu'il désire ? Sans doute si. Et justement, si l'énigme était là?
De même que le joueur compulsif joue dans la certitude haletante de la perte - seule façon de renouveler le désir du gain - et ne gagne finalement que par le plus grand des hasards, je me demande si le politique ne s'oblige pas à un long apprentissage de la chute, de la mort, pour en reculer les limites à chaque fois qu'il est à terre et qu'il lui faut se relever, groggy, certes, mais vivant. Une stratégie psychologique inconsciente mais tenace. Une "névrose obsessionnelle déterminant des comportements d'échec" comme on le dit au Bar des Amis… Jaurès - Freud, un aller simple, merci. Mis à part Pompidou, porté au pouvoir par l'orgueil et la mauvaise humeur de son chef, force est de constater que tous les présidents de la cinquième république ont connu ces moments où, ayant encaissé le coup de pelle à demi fatal d'un ami politique de vingt ou trente ans, il leur aura fallu se relever péniblement, se masser la nuque et repartir au taf. Mitterrand, gagnant parfait après de si nombreux échecs et de si médiocres avatars, se sera même fabriqué un ennemi intime pour le ronger de l'intérieur tout au long de ses deux trop longs septennats. Les Sisyphe élyséens ne jouiraient en fin de compte qu'en remontant la pente - soulevés par les trépidations libidinales de la lutte - mais redouteraient le sommet, ce lieu insupportable de la petite mort, étroit et fini comme un trône où la bête assouvie s'ennuie, où rien n'est simple, où le temps devient lent, où l'on meurt durablement. La carrière politique et la campagne électorale ne seraient-elles qu'un long passage dans la piscine probatique ? C'est après que la bête est sacrifiée.
Certains ne s'en relèvent pas. Rocard, Chaban, Giscard, Balladur, Royal peut-être… ceux-là ont perdu trop de sang ou ne cicatrisent pas assez vite, ou ne sont pas d'assez gros mangeurs, d'assez grands baiseurs, ont trop d'amis…
Je ne connais pas Sarkozy mais je peux imaginer qu'il retrouve aujourd'hui dans le discrédit ce qu'il a perdu hier en gagnant. Nous verrons ce qu'il fera du Désir.
Et qui paiera.
En passant - et parce que las ramblas sont ce qu'elles sont - il faut visiter le blog de Llibert Tarrago, Les Trottoirs de Barcelone . C'est superbe. D'autre part, Hugues Serraf, de Com-Vat , vient de publier son désopilant (Petites) Exceptions Françaises , à lire absolument, sur les tropismes gaulois qui font de l'Hexagone un lieu à part, dont on rit hélas aujourd'hui comme on riait autrefois de Moscou et de sa tristesse bureaucratique et planifiée…
Un thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.
Les performances érotico-sanitaires et nocturnes d'Emmanuelle dans les toilettes exigües d'un Jumbo des seventies ont ouvert une page inédite dans les anales du transport aérien et du contorsionnisme sexuel. Si j'ose dire. Même Houdini aurait renoncé. Déjà compliqué de se laver les dents dans ce bocal, pour le reste… Mais le vol de nuit, quel qu'en soit le scénario, reste un moment suspendu, un no man's time compressé vers l'est, distendu vers l'ouest, un huis-clos où le repli sur soi vaut pour loi commune, solitude dans la cabine obscure traversée par les fantasmes des uns ou les turbulences splanchniques des autres. Il y a une magie spéciale des vols de plus de dix heures. Chacun est là et las, calé dans son siège, un œil discrètement rivé sur un film inavouable, l'autre sur la toupie déréglé du temps. On enfile les fuseaux horaires, une jambe après l'autre, on attache sa ceinture.

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A la va-vite. En voyage
J'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.
Profil bas. Faut juste savoir ne pas la ramener, parler d'autres choses… Trouver des sujets de conversation parallèles… vous êtes plutôt chaudière individuelle ou chauffage collectif, vous ? Personnellement, je suis sur l'individuel mais enfin discutons-en… ou les boîtes de vitesse, c'est bien aussi, automatique ? Mécanique ? Des trucs importants.
Parfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…
Je rentre de Barcelone, ça ne pouvait pas mieux tomber. Comme
Un bonheur de bonne heure ce matin dans la radio. Une fois n'est pas coutume.
La météo, passe encore.
Je referme Millenium - le polar de la décennie selon la critique - bobo-thriller en trois tomes sur lequel on se doit d'avoir tremblé entre Noël et le jour de l'an, pour autant que les beaux livres publiés par Acte Sud - Actes Noirs, pour l'occasion - aient trôné sous le sapin au côté "de celui de celle dont nous sommes la plus elle histoire". C'était mon cas. J'ai beaucoup aimé Millénium, et souvent ri nerveusement, on verra pourquoi.
Local ? National ? Européen ? Planétaire ? Galactique ? Universel ? Eschatologique ? Depuis deux mois la presse chauffe la salle en évoquant le « Test des Municipales » et s'étonne aujourd'hui de ce que Sarkozy « politise » un enjeu qui bientôt n'aura de local que le résultat… C'est-à-dire, en fin de compte, le plus important. En d'autres termes, mars 2008 sera la sanction du quinquennat. Tout s'accélère.
Les histoires d'amour sont bouleversantes. Elles font que chacun d'entre nous, puissant ou miséreux, sait que la lumière existe pour celui qui la cherche et la cherche avec courage et opiniatritude. On le sait, l'amour frappe sa victime comme l'éclair. Il la laisse muette, nue, révélée à elle-même dans l'immense cathédrale de la vie. Ou dans le Falcon d'un copain. Elle en a le souffle coupé, les appuis flageolants, d'être ainsi roulée comme un pantin, abandonnée à la déferlante de ses sentiments, le visage noyé de larmes, bien dans l'axe des caméras… Ces images de bonheur me transportent. Heureux et en jean, Kheops, Petra, bientôt le Gange, Saint-Pétersbourg, Venise, Pattaya…

De 2007, je garderai un bon souvenir.
On ne chipotera pas. Si le SAMU social avait croisé Muhamar entrain de faire les bouquinistes un peu tard dans l'après midi, sapé comme il l'était, même sans Plan Urgence Grand Froid Orange Niveau 4, il se voyait illico proposé une place dans un foyer pour la nuit. A moins que les Enfants de Don Quichotte ne l'ait localisé avant et lui ait réservé une tente. Il en avait déjà une, on dit.
Je prenais mon petit déjeuner, ce 8 décembre là.