L’adieu Au Blog

J'ai adoré ces presque deux années de blog. Aimé ce curieux saut dans un vide où d'autres mains pianotent et écrivent pour enrayer la chute.

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Il y a ceux qui laissent un message, amical ou critique. J'ai eu de la chance. Jamais d'insultes. Parfois seulement une remise en place quand Antoine Bloch trouvait le bouchon un peu poussé, un peu « trop ». Je garde comme des signes d'amitié l'antisarkosisme instinctif meet and fuck et tranchant du Gab, les pages fiévreuses et baroques de Sabrina, la douceur de Lau , la fidélité d'Oppossum, l'aide précieuse d'Olivier , sans qui rien n'aurait existé, les arguments documentés de Claude, les clins d'œil de Marie Hélène et les mots de tous ceux qui sont passés par là…

Il y a ceux, blogeurs, plus puissants, qui ont ouvert une porte vers chez moi, dans leurs rolls sélectifs.

Il y a ceux et celles qui viennent boire le dernier mercredi du mois au Pavillon Baltard. J'ai fait de belles rencontres, réelles et virtuelles, Verel et son sérieux, Hugues et son humour complice, militant et libre à la fois, Koz et sex treffen la belle profondeur de son engagement, Jules et son élégance dialectique, Versac et son gène entrepreneur, David qui écrit de Fribourg où j'ai tant d'amis, Toreador, matador énigmatique des veaux gras de la république, Eolas, docte et précis, et bien d'autres, … Ces soirs-là, j'ai été surpris par le tête-à-tête tendu mais chaleureux que vivaient les blogueurs de tous bords, une bière à la main, lorsque la campagne présidentielle faisait rage. Une expérience de démocratie pacifiée. Certains votaient Bayrou et personne ne se moquait.

Deux années à donner mon grain de sel sur des sujets qui me dépassent - pourquoi se gêner ? - à écrire tôt et parfois tard, des billets sans autre destin que de s'afficher un jour sur un écran inconnu, pour faire sourire ou surprendre. Je voulais connaître la blogosphère, comprendre comment tout cela marchait, observer comment cristallise une communauté au contour mouvant, où rien ne distingue les fidèles des volages puisque la règle est celle du chaos des sentiments, des idées et des connivences. Théorie des systèmes auto-organisés. Pour moi, web2.0 sonnait davantage comme le nom d'un colorant alimentaire que comme un changement de paradigme socioculturel. C'est moins le cas.

Disons-le, la période était amusante. Une campagne comme on n'en voit pas souvent. Des figures inédites. Dray et sa tête de commissaire politique, une gueule à faire interdire les coquelicots, pas assez rouges, trop libres. La Belle du Poitou, sa chevauchée, ses robes, ses légionnaires. Bayrou, funambule de l'entre-deux, suicidé du politique. Le triple salto de Besson, une réception impeccable. L'invention journalistique du marronnier permanent par Kanh et son canard. Nicolas victorieux de tout sauf de lui-même et sa Carla en piste pour sa propre Victoire… Un bonheur.

Mais aujourd'hui j'arrête. Avec au cœur le sentiment de trahir ceux qui frappaient à mes pages. J'y reviendrai peut-être, sans doute - mais plus tard - ou très occasionnellement. Je laisse donc tout en ligne. I will be Blog-free, Facebook-free, Plaxo-free, Linkedin-free, for a while. Je dois écrire autre chose, je suis engagé sur un projet qui me tient à cœur. Il faut créer un espace.

Que ceux qui ont aimé passer me laissent leur adresse mail, je préviendrai si, cold turkey, je choisi d'y revenir. Sans doute pas avant la fin 2008.

A tous, je dis merci, et souhaite un très Joyeux Noël.

Vidéo : le célèbre « I have a dream » de Maurice Chevalier, qui fit de si longs et si fréquents adieux.

Alerte

nucleaire.jpgArrivé mercredi soir en Slovénie, Ljubljana. Très vert, très pluvieux, une belle terre grasse et  gorgée d'eau, la cascade feuillue des camaïeux du printemps, le sentiment que les montagnes ont été tondues pour nous, que les Porsche, les Mercedes et les 4X4 ont été lavés trois fois le matin même. Dans la logique du propre et du sale, les Slovènes ont choisi. Aux Trois Ponts, les touristes mitraillent les trois ponts. La citadelle tient bon, pas un char serbe depuis 91. L'indépendance du pays, alors, a fait sept morts. Chez nous, la moindre boîte de nuit en sortie de grande ville fait mieux tous les weekends. Bienvenue donc chez un bon élève. Un sentiment de sécurité que je pensais n'exister qu'en Suisse.

Au cours du dîner, le serveur s'approche et, avec un bon sourire, nous annonce un petit pépin dans une centrale nucléaire du pays, à cent kilomètres à l'est. Nous : ah ah ah ah, nous être français, ah ah ah, toi pas avoir peur, nuage s'arrêter à la limite du parking, as usual, baby… Toi peut retirer ton scaphandre, ah ah ah, ça être dur pour faire le service, toi en mettre partout, et  toi nous dire d'où vient le vent et nous  apporter autre bouteille de jaja. Jaja tout guérir… Jaja protéger le guerrier…

Retour à ma chambre, un petit crochet sur le net, par acquis de conscience, mais les nouvelles sont rassurantes. D'ailleurs mes mains restent bien opaques. Rien à craindre. C'est vrai, puisqu'ils le disent… L'Europe est en alerte nucléaire. Pas de quoi s'inquiéter.  Je me suis couché tôt après avoir refermé les mémoires de Suze Rotolo, à qui je dois de belles heures de sommeil. Déjà en 62, elle militait contre l'atome. Quelques rêves insolites ont traversé la nuit. J'étais seul à marcher dans une forêt profonde et majestueuse, un sous-bois au parfum lourd et puissant d'humus, j'en passais la lisière et débouchais sur une vallée verdoyante et baignée d'une belle lumière où flottaient quelques moutons et où paissaient à l'envie de belles vaches, avec cinq pattes et un seul œil. Un type phosphorescent murmurait derrière moi « la preuve est faite, merde, et qu'on ne vienne pas me seriner que le nucléaire est un danger pour la biodiversité ». 

Je lis dans la presse du lendemain qu'il s'agissait d'une erreur. Juste une petite fuite anodine. La routine. Une secrétaire se serait trompée de formulaire. Elle aurait pris  le B400 - 789 / 409999786, Alerte Nucléaire Urgente et Sérieuse Nécessitant l'Évacuation Immédiate des 25 Pays de l'UE, au lieu du H567 - 765 / 782635467, Alerte Nucléaire Incontrôlable et Sans-solution Donc Ne Rien Faire. Et envoyé le tout à Bruxelles. C'est la procédure.

Bref, comme il en va souvent dans les affaires lorsqu'un groupe d'experts ou de gens importants fait face à une connerie qui tourne à la crise, c'est la faute d'une secrétaire analphabète qui ferait mieux d'apprendre ses formulaires par cœur plutôt que de passer son temps sur les forums écologiques.

Le lendemain, en réunion avec un client. Le sujet vient naturellement dans la discussion. Le mari de la secrétaire du directeur général travaille dans la centrale. Il dit qu'il n'y a pas de danger. Nous sommes rassurés, lui, on peut le croire. Le gouvernement, non.

Rassurant.

Bouge Ma Ligne

zebre.jpgLa dramaturgie politique et quinaire inaugurée en mai 2007 par el presidente ne ressemble pas aux autres (sa femme non plus). On reconnaîtra cela au Locataire. Ce qui s'appelle « bouger les lignes » pour les uns et « faire n'importe quoi » pour les autres est devenu la norme.

Mais Nicolas n'est pas seul à tricoter le code-barres de la République, et ça ne date pas d'hier. Souvenons-nous, Royal a démarré à la rentrée 2006 avec faisant appel à la Légion pour botter le cul des sauvageons (scandale à gauche), un encadrement de vrais hommes valant mieux que des profs perruquant chez les riches. La limite s'est encore déplacée à la Porte de Versailles en janvier 2007 avec un Jaurès bien campé sur le pas de tir sarkosien (scandale à gauche). Le mouvement s'est affirmé avec la politique d'ouverture (scandale à gauche), et se confirme aujourd'hui avec le coming-out libéral de Bertrand (scandale à gauche).

L'état major du PS, lui, continue sur sa ligne : il est nécessaire de réfléchir ensemble, d'up-grader un logiciel aux drivers un peu flous et éventuellement d'échanger le Goupil et les floppies contre autre chose, quelque chose de plus récent. Royal et Delanoe, comme deux gènes allélomorphes constitutifs d'une phraséologie désuète et révolue, s'opposent aujourd'hui sur la peau des choses et non sur le fond, le parti attendant Reims pour le toucher vraiment. Avec le Sourire. Quant à Bayrou, qui a maintenant sa droite à sa gauche et sa gauche à sa droite, il continue de réfléchir sur son schéma corporel avec une patience bien rurale. Besancenot lirait, semble-t-il, une biographie de Jeanne d'Arc.

Bref, de quoi alimenter le clabaudage politicien habituel et donner aux chroniqueurs une possibilité supplémentaire de se tromper avec brio. Un conseil : la période est idéale pour prendre du recul, pour relire Proust, par exemple, on en prend pour six mois, au bas mot. Que du plaisir.

Bouger les lignes est une expression Baudelairienne, on s'en souvient. Mais à trop les bouger, on en perd le fil. On ne voit plus ce qui les distingue. La gauche perturbée en fait aujourd'hui davantage les frais qu'une droite crispée mais installée sur les deux rives du fleuve. Elle tient les palais. Le nœud gordien socialiste, lui, n'a pas trouvé son Alexandre là où la concurrence, autrefois libérale, a bon-an-mal-an trouvé le sien. En fin de compte, ce qui relie les militants, de droite comme de gauche, c'est la perplexité croissante qui occupe leurs nuits. La confusion étant la même dans les deux camps, les réunions des compagnons ressemblant à s'y méprendre aux réunions des camarades, chacun dispose soudain d'une flexibilité supplémentaire pour gérer des horaires souvent compliqués et participer à des soirées de réflexion où le désir d'une Leffe prend vite le pas sur le désir d'avenir.

La perte de repères n'est donc plus une spécialité des lycées à risque de la Plaine Saint-Denis. Le militant erre comme un caméléon  qui aurait fait sa sieste sur une robe de Lacroix. On dit que Fabius se tient en réserve. Le come-back libéral n'est pas exclu. Mais un libéralisme peut en cacher un autre. Celui de Bertrand n'est pas économique, il est politique. C'est une nuance importante. Parce que le Maire est pour la liberté. Certes. C'est très nouveau. Et d'ailleurs le socialisme a toujours été libéral. Comme chacun sait. Sauf Ségolène, que les déclarations de son concurrent et ami ont choquée. Donc le libéralisme prôné aujourd'hui n'a rien à voir avec celui combattu hier. C'est juste le même mot, il faut être une idiote pour ne pas voir la différence. Il ne faut pas confondre libéralisme et libéralisme. D'ailleurs il ne s'agit surtout pas de faire reculer l'état qui est garant de nos libertés, d'abord parce qu'il nous protège des puissances de l'argent roi, et parce qu'il est encore un peu tôt pour s'amputer de l'aile gauche. Bref, plus y il a d'état, plus il y a de libertés. Emmanuelli est d'accord.

C'est donc la ligne actuelle. A l'Élysée comme à Hôtel de Ville, apparemment.

Vignette: le zèbre; Georges-Louis Leclerc de Buffon 

Les ichors de la peur

bono.jpgLe « principe de précaution » est partout. Pensez-y maintenant. Êtes-vous sûr d'être bien assis(e) ? L'avez-vous vérifié ? Quelles sont les garanties qu'offre l'industriel qui a produit votre chaise ? Avez-vous consulté un avocat avant de l'acquérir ? La luminosité de votre écran n'est-elle pas de nature à endommager votre surface rétinienne ? Qui paiera ? Vos métacarpes sont-ils bien dans le prolongement de l'avant-bras lorsque vos doigts virevoltent imprudemment sur votre clavier ? Avez-vous désinfecté le frigidaire ? Vérifié les clauses d'exclusion de votre multirisques habitation ? L'inconséquence est partout. Il faut vérifier, anticiper. Pour les générations futures. L'inventeur du cassoulet se verra un jour reproché l'assassinat de la couche d'ozone. Le maire de Castelnaudary fera acte de repentance.

Il ne date pas d'hier, ce principe. Déjà nos parents - pour les plus modernes d'entre eux - nous conseillaient de prendre nos précautions afin qu'un slow trop torride, conclu habilement dans les fougères du parc avec une amie d'un soir, ne se termine la bague au doigt, un petit dans le couffin. Depuis il a ruisselé, partout, et sa propagation systématique, tous champs confondus (politique, administratif, scientifique, culturel…), achève ce qu'il restait de capacité d'initiative à un occident dominé par la peur. On tremble de tout, et pour tout. Jacques Attali a fait scandale en octobre 2007 en osant le mettre en question, le principe. Quel manque de précaution ! C'est tout Jacques…

Je suis frappé par le fait que l'émergence et la montée en puissance dudit principe s'accompagnent de quelques autres tendances lourdes qui toutes me semblent corrélées. La progression régulière de la peur, naturellement, et la « surcharge émotionnelle » qu'elle provoque. Elle est partout, et partout commentée. On voit d'ailleurs émerger, trente ans après les USA, un formidable marché de la sécurité, du digicode, inimaginable il y a trente ans, à la prolifération méristématique des caméras de vidéosurveillance… On ne se rend plus dans un espace public sans qu'un type - qui sirote un calva devant 47 écrans - ne se dise, tiens, il est allé chez le coiffeur. Un fond de commerce prometteur s'est ouvert, politique et économique. Paradoxalement, le candidat le plus sécuritaire, il y a un an, était celui dont on se devait d'avoir peur. Il est passé.

Et cette augmentation exponentielle de la peur, fondée sur une insécurité réelle pour les uns, sentimentale pour Lionel, n'est-elle pas le symptôme d'un mal plus profond : l'affaiblissement du lien social et par conséquent de la puissance collective qu'il garantit ? Sans même s'appesantir sur l'ilotage mafieux des citées par les bizeness-boys, force est de constater que toutes les structures qui avaient pour fonction de réguler massivement les affects - et donc la violence - de la société toute entière, se sont effritées avec le temps : syndicats, églises, partis politiques… Les statistiques ont eu raison du collectif. Elles ne sont jamais que l'accumulation rangée de positions individuelles et non pas ce qui les relie et leur donne une chaleur.

Quant à la disparition du lien social, n'est-elle pas le contrecoup d'un d'individualisme exacerbé, d'émotions flottantes, manipulées, qui ne peuvent mener qu'à la peur de l'Autre, cet enfer porteur de toutes les menaces, vecteur de toutes les violences (l'Autre le plus accessible étant naturellement celui qui n'a pas le même passeport, pas la même peau, pas la même confession).

Cet Autre repoussoir, il faut le sublimer. On en cherche donc un qui soit acceptable, imaginaire, un Autre fascinant, rassurant, tenu à distance mais familier, un personnage, sur quoi rêver sans risque, cantonné à l'espace et l'économie virtuels du monde digital. Un Autre consommable, en somme. Dès lors, tout est en place pour faire émerger le produit économique et social le plus pathétique qu'ai connu l'occident : la souveraineté intellectuelle, culturelle et sans partage de la Presse-People, ce presse-citron industriel dont la raison d'être est de cristalliser, en la détournant, la fébrilité voyeuriste qui paralyse une société noyée dans la badauderie. Un écran, qu'il soit celui de l'ordinateur ou de la télé, ça s'allume et ça s'éteint. Aucun cyber-communautarisme n'a à mon sens remplacé le réel d'une relation.

Personne ne semble échapper à ce flot de sentiments packagés. Ainsi, l'Express titre-t-il cette semaine : « Pourquoi ils se détestent » . Il s'agit de Fillon et Sarkozy. Non pas un président et un ministre, mais deux personnes et leurs états d'âme… Personnellement je ne savais pas qu'ils se détestaient. A vrai dire je n'ai sais toujours rien. Pour deux raisons : d'une part je n'ai pas acheté le journal - tant qu'à lire la presse de caniveau, autant lire l'authentique, Gala, Closer, Public, Marianne - et d'autre part les difficultés de trésorerie d'un magazine qui veut se refaire en fouillant les poubelles du journalisme ne forment pas une vérité en soi. En fin de compte, que nous importe qu'ils s'aiment ou se détestent ? Les a-t-on élus pour jouir collectivement d'une belle amitié ou pour nous repaître d'une haine à top niveau ? Non. Simplement pour qu'il fasse le boulot. Le reste…

Comment ne pas avoir une pensée pour Françoise Giroud, quand le journaliste ou le commentateur se mue en expert en détonique et cherche à tout prix à mettre en scène les grenades avant qu'elles n'explosent, quitte à les lancer lui-même, pour être le premier à faire des ventes sur les décombres encore fumantes du scandale… Et quoi de plus vendeurs que l'émotion, celle de ceux qui nous gouvernent ? Quoi de plus émouvant que la haine Sarko Fillon ? Quoi de plus excitant que le futur duel Royal Delanoë ? Le Figaro d'hier ne titrait pas « Royal candidate à la tête du PS », mais « Ségolène Royal relance la guerre des chefs au PS ». Nettement meilleur, coco, top-adrénaline. Déjà le goût du sang sur les babines. Et la bonhomie (simplicité dans les manières, unie à la bonté du coeur; Robert) djeune et truquée d'un Besancenot chez Drucker ? Quel jeune homme sympathique… Quelle idéologie prometteuse…

La lente désescalade, du néocortex (critique) au cerveau limbique (émotion), est engagée, sinon accomplie. Il ne reste qu'un pas à faire pour que le reptilien (qui mange qui ?) ne se charge de solder l'affaire.

Vignette: singe Bonobo 

Jouer pour perdre : bonheur de l’échec

nicolas2.jpgUne grosse dizaine de jours dans les Cyclades, un bon vent, une mer belle, un ciel pur, un bon voilier, 10 îles abordées, des villages blancs et bleus, des nouilles, du poissons, des nouilles, de la feta, des nouilles, des tomates, des sucres lents, merci, pas d'infos, pas de journaux, rien sur Sarko, rien sur le réchauffement, rien sur Barrack, pas la moindre leçon de Sustainable Development ou de Développement Durable signée Total, Exxon, GDF, EDF, Danone, Coca Cola, United Technology, Tata, Mittal, Région Poitou-Charente - tous ces nouveaux amis de Bové qui se fardent de vert à longueur de spots et de communiqués - et je pensais donc (en sirotant un Ouzo sur la petite place de Chora, à Patmos) qu'en rentrant je trouverais le Grand Défraîchi un peu refait au tapis des sondages… mais non, il plafonne à 40% en état de Sustainable Stagnation, nouveau concept élyséen. Le président a la gueule basse et il s'y tient. C'est du durable, du sérieux, comme Carla.

J'ai compris que la presse s'interrogeait sur l'énigme. Comment passe-t-on de 65% de satisfaits à ce médiocre 38% qui fleure le PSG, la relégation en seconde div, le tir dans l'axe du pied. Comment un virtuose de la séduction en politique, qui a fait ses preuves sous la mitraille en 2007, peut-il jouer si faux un an plus tard et vider à moitié la salle qui l'a porté aux nues ? Pourquoi a-t-il joué et perdu si vite ce qu'il avait mis quinze années à bâtir ? Quelqu'un d'aussi volontaire n'obtient-il pas toujours ce qu'il désire ? Sans doute si. Et justement, si l'énigme était là?

De même que le joueur compulsif joue dans la certitude haletante de la perte - seule façon de renouveler le désir du gain - et ne gagne finalement que par le plus grand des hasards, je me demande si le politique ne s'oblige pas à un long apprentissage de la chute, de la mort, pour en reculer les limites à chaque fois qu'il est à terre et qu'il lui faut se relever, groggy, certes, mais vivant. Une stratégie psychologique inconsciente mais tenace. Une "névrose obsessionnelle déterminant des comportements d'échec" comme on le dit au Bar des Amis… Jaurès - Freud, un aller simple, merci. Mis à part Pompidou, porté au pouvoir par l'orgueil et la mauvaise humeur de son chef, force est de constater que tous les présidents de la cinquième république ont connu ces moments où, ayant encaissé le coup de pelle à demi fatal d'un ami politique de vingt ou trente ans, il leur aura fallu se relever péniblement, se masser la nuque et repartir au taf. Mitterrand, gagnant parfait après de si nombreux échecs et de si médiocres avatars, se sera même fabriqué un ennemi intime pour le ronger de l'intérieur tout au long de ses deux trop longs septennats. Les Sisyphe élyséens ne jouiraient en fin de compte qu'en remontant la pente - soulevés par les trépidations libidinales de la lutte - mais redouteraient le sommet, ce lieu insupportable de la petite mort, étroit et fini comme un trône où la bête assouvie s'ennuie, où rien n'est simple, où le temps devient lent, où l'on meurt durablement. La carrière politique et la campagne électorale ne seraient-elles qu'un long passage dans la piscine probatique ? C'est après que la bête est sacrifiée.

Certains ne s'en relèvent pas. Rocard, Chaban, Giscard, Balladur, Royal peut-être… ceux-là ont perdu trop de sang ou ne cicatrisent pas assez vite, ou ne sont pas d'assez gros mangeurs, d'assez grands baiseurs, ont trop d'amis…
Je ne connais pas Sarkozy mais je peux imaginer qu'il retrouve aujourd'hui dans le discrédit ce qu'il a perdu hier en gagnant. Nous verrons ce qu'il fera du Désir.

Et qui paiera.

En passant - et parce que las ramblas sont ce qu'elles sont - il faut visiter le blog de Llibert Tarrago, Les Trottoirs de Barcelone . C'est superbe. D'autre part, Hugues Serraf, de Com-Vat , vient de publier son désopilant (Petites) Exceptions Françaises , à lire absolument, sur les tropismes gaulois qui font de l'Hexagone un lieu à part, dont on rit hélas aujourd'hui comme on riait autrefois de Moscou et de sa tristesse bureaucratique et planifiée…

Permanence

 


Voilà, certaines choses ne devront pas changer, comme le goût des Carambars et des Pailles d'Or, la lumière éphémère des politiques, le tranchant d'un couteau économe, les histoires de toto, les peurs de l'enfance sur le trajet de l'école, l'odeur des pins, l'orage qui approche, la nuit, l'éternité monstrueuse de certaines voix, comme celle-ci, avec qui je vous laisse, qui emplit de larmes les yeux des meilleurs d'entre nous, je vous laisse donc, je pars une dizaine de jours vérifier la permanence du bleu entre Paros et Patmos, entre Méduse et Circée, entre Ouzo et Metaxa… 

Apparemment, il y a du vent dans les Cyclades.

Vignette: Nina Simone à Montreux; Little Girl Blue

Vérité des femmes

cuisine.jpgUn thème difficile, qui nous concerne tous et qui caractérise le blogo-risk-taker véritable, le cyber-kamikaze, le type qui s'expose vraiment. Ca s'appelle risquer la moitié de son tapis. Statistiquement parlant.

Ségolène a ouvert la voie alors que, sondage JDD aidant, en novembre 2006, il était acquis qu'elle gagnerait « puisqu'elle était une femme ».

Parlons donc des femmes. Difficile. Il y a tant à dire sur le gynécée mental qui nous habite. Je pourrais commencer par Kiev, tiens, où je suis pour trois jours, une ville qu'elles arpentent comme le blé la campagne, blondes, souples, slaves et déterminées, à sillonner Hrescatik. Je pourrais aussi parler des cariatides trépidantes qui m'ont soutenu à leur manière - des pans entiers de ma vie : Janis Joplin, Joan Baez, Nina Simone, Marie-France Garaud, Patti Smith… Billie Holiday… Cherchez l'intruse. Celles-là, elles ont tordu le siècle sur les années charnières où la musique a basculé, ces années miennes. Où bien d'autres, femmes, filles, mères, sœurs, ex, collaboratrices, étrangères entrevues dans la porte à tambour du temps qui passe ou celle d'un hôtel de Macao - de toute façon elles sont partout, bien assurées sur les tréteaux du double X .

Donc parlons d'elles et cela nous ramène naturellement à Carla.

Carla Bruni Sarkozy, dite CBS dans les studios, la plus major des indépendantes, signée par Naïve, label indépendant qui sortira bientôt son deuxième opus. On la dit en studio en ce moment avec Dominique Blanc-Francart comme ingénieur du son. Ca devrait sonner. Lancement et carton mondial assuré. Or, j'avais une demi-heure à tuer à Saint-Germain, il y quelques jours, une parenthèse spatio-temporelle qui conduit presque automatiquement à osciller entre une visite rêveuse chez La Perla, d'un côté du boulevard, et une déambulation rêveuse dans les rayons de La Hune, de l'autre. Des deux options, j'ai choisi la deuxième, je veux dire la Hune. Enfin, je me comprends. C'est ainsi que j'ai découvert le livre de Pascale Clark. C'est le titre qui m'a accroché : « Après, Fred Chichin est mort ». J'ai feuilleté pour savoir après quoi, et je suis tombé sur ça : « Elle avait surtout croqué des connus pour ceux non exhaustifs qu'on lui connaissait, l'ex top modèle n'était pas un modèle de vertu, après tout la belle faisait ce qu'elle voulait de son cul, aucun mal à se faire du bien, demandez donc à ses ex. ». C'est écrit par une femme. Pas par Bigard. A propos d'une autre femme. CBS. Choqué, j'étais, sans bien comprendre ce que ce pauvre Chichin venait faire dans ce règlement de compte au sérail.

Je me suis demandé pourquoi cette Clark, dont je ne savais rien, déversait ainsi un fiel de bréhaigne conservatrice du Chesnay sur l'Élue de l'Élu. Règlement de compte ? Dans mon souvenir, Carla avait davantage fait dans le Jagger que dans le Chichin. Jalousie de femme contrefaite ? Vrai, Carla ni ne louche ni n'a le pied varus. Mais Clark, pourtant souvent hors champ, n'est pas mal non plus… J'ai feuilleté le livre. Douloureux, décousu, très en colère contre Sarko dont la rupture n'a pourtant pour rien à voir avec l'équarrissage amoureux qui fait sangloter et renifler l'auteur dans la salle d'embarquement d'un aéroport au retour du festival de Canne. On souffre avec elle, mais qu'est-ce que CBS et NS peuvent bien y faire ? Pourquoi tant de haine ? Rêveur, j'ai reposé le livre. Je l'ai acheté depuis. Pour voir.

Et je me suis rendu compte qu'au cours des quelques mois où nous avons tous poussé de petits cris et battu des mains en suivant l'idylle élyséenne, les commentaires les plus virulent - ceux du moins que j'ai retenus - ont toujours été proférés par des femmes. Très peu d'hommes se sont laissé aller à des « Cette pute variqueuse… » pour décrire l'acrobate devenue PDF (Première Dame de France). Le commentaire masculin, dans l'ensemble, est resté dans la ligne qu'on sait. Mais côté féminin, la surprise est totale. Trente années de d'émancipation pour en arriver au radical « Cette salope, cette voleuse d'hommes… », quelques mots qui fleurent bon la province et l'adultère bourgeois… Au fond, Pascale, parfait symbole de la subversion mondaine, version télé parisienne et cryptée, retrouvait dans le drame un fragment intact de sa nature profonde et, en situation de crise, en revenait aux fondamentaux. Elle sort ses griffes.

Finalement, l'émergence des femmes dans la politique n'a jamais été aussi sensible. Mais qui anticipait qu'avec elles s'imposeraient aussi les couples ? Adultère hollandais, qui nous vaut les mises au point matrimoniales de l'ancienne candidate… Yoyo affectif et remariage d'une Cecilia plus glaçante que le papier qui la porte… Coups de foudre élyséens et défilé à Londres… on se dit que, oui, la politique a changé. Peut-on dire qu'elle se féminise ? Qui répondra ?

Pas Chichin, en tout cas…

C’est juste que je n’ai pas le temps…

… mais ça va venir. Un billet à haut risque. Sur les femmes. Promis. Un pari insensé, extravagant… un truc à m'attirer cela !
A+

Flying

flying.jpgLes performances érotico-sanitaires et nocturnes d'Emmanuelle dans les toilettes exigües d'un Jumbo des seventies ont ouvert une page inédite dans les anales du transport aérien et du contorsionnisme sexuel. Si j'ose dire. Même Houdini aurait renoncé. Déjà compliqué de se laver les dents dans ce bocal, pour le reste… Mais le vol de nuit, quel qu'en soit le scénario, reste un moment suspendu, un no man's time compressé vers l'est, distendu vers l'ouest, un huis-clos où le repli sur soi vaut pour loi commune, solitude dans la cabine obscure traversée par les fantasmes des uns ou les turbulences splanchniques des autres. Il y a une magie spéciale des vols de plus de dix heures. Chacun est là et las, calé dans son siège, un œil discrètement rivé sur un film inavouable, l'autre sur la toupie déréglé du temps. On enfile les fuseaux horaires, une jambe après l'autre, on attache sa ceinture.

Après deux semaines d'aller et retour (France-US-Brésil-France-Chine-France), le passage à l'heure d'été, dimanche matin vers 20 heures, m'a fait rire nerveusement dans mon lit, tout seul à la campagne… Changer d'heure, encore… Mon coucou intérieur est en RTT.

On dit du voyage qu'il est un art. Tout en maîtrise. A l'écoute de son corps, on doit être. Personnellement, j'y crois. Ainsi, j'investis beaucoup dans la préparation. Pour un vol du soir, retour de Shanghai, lundi dernier, je commence l'entrainement vers 16 heures. La préparatrice du jour s'appelle, Sissi, oisillon expert du Sichuan, star du Full Body Massage à 320 RMB, une heure de tortures atroces à l'huile chaude, pratiquées avec commisération, certes, mais détermination. Sissi a fini en me sautillant sur le dos, en faisant claquer une à une chacune de mes vertèbres de ses petits talons pointus… J'ai fini par avouer un vague penchant bourgeois-spéculateur-contre-révolutionnaire… Elle a eu l'air content. 320 RMB plus tard, donc, me voilà à claudiquer sur le trottoir, à essayer de retrouver mon souffle et le chemin de l'hôtel. Mais Sissi me hèle et me rattrape, vous avez oublié ça, Sir… Ah oui, une omoplate. Bien sûr… Me semblait bien… Je sens que je vais en écraser dans l'avion.

Taxi vers Pudong Airport, check in, lounge et on embarque. Arrivent les hôtesses, Kerozène-Baby-Dolls, Icônes Glacées pour Haut Potentiels fatigués qui soulèvent une paupière déjà lourde et turgide au passage d'une croupe bleu nuit, alors que la radio du bord débite son récitatif, PMC à vos portes, armement des toboggans (Helter-Skelter, She's Coming Down Fast), vérification de la porte opposée, décollage dans une minute…. Banzaï.

Dîner à bord et combat victorieux avec une pièce de bœuf bouillie qui a résisté longtemps. Je l'ai matée, la carne, mais un doute affreux m'a pris en voyant l'hôtesse chercher désespéremment l'éponge du bord… Hop, un coup de Grave pour faire passer le Stilnox.

Mais bingo de chez bingo ! J'ai été surclassé, un vrai lit avec une couette et un pyjama, l'hôtesse s'assied gentiment à mon côté, accepte de me lire Caroline à la Ferme en caressant mes boucles, elle sourit en fredonnant… Dieu que j'aime la compagnie nationale. Ce soir, en tout cas.

Commence la nuit, sibérienne et doublement glacée à l'extérieur, globalement impersonnelle dans le flying dortoir, la longue parenthèse incertaine et concentrée du vol commence vraiment.

Good Night, Sir.

Vignette : aube, retour de Rio

Chine et désinformation occidentale

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A Shanghai depuis quelques jours où, comme partout, on parle du Tibet. Mais dans d'autres termes, plus feutrés, différents. Par exemple, ce matin, à la une de China Daily , un long article illustré dénonce les manipulations éhontées et staliniennes de la presse occidentale dans sa couverture crapuleuse des événements de Lhassa.

Ainsi, ce manifestant, prétendument emmené et brutalisé par le police n'est rien d'autre qu'un civil chinois, un Han, arraché in extremis aux mains d'une foule ivre de violence. Cet autre, à terre, se protégeant naïvement de la longue matraque chinoise et policière prête à s'abattre sur lui… même pas vrai ! Le policier est tibétain. Et CNN, de son côté, qui n'hésite pas à diffuser des vidéos inquiétantes de camions militaires chinois acheminant par dizaines les soldats en armes, mais qui tronque l'image et omet d'exposer la foule vindicative qui caillasse la soldatesque…

On se déchaîne sur le net. « Je pensais que les médias occidentaux étaient corrects. Mais comment peuvent-ils fermer les yeux sur les tueries et les méfaits des manifestants ? »

Personnellement, j'ai voulu vérifier. J'ai donc branché CNN le soir même à l'hôtel, pour voir à quel point nous étions désinformés sur la situation. Je n'ai pas eu à attendre longtemps, moins d'une demi-heure après que je me sois installé dans mon fauteuil avec un Jack Daniel, le speaker annonce un focus sur la situation à Lhassa et, Tchiumph ! écran noir, genre hard disk failure, chérie il faut changer le poste… quelques minutes de vacuum communicationnel anxiogène, et hop ! retour sur une pub rassurante, ventant l'effort d'un industriel en matière de sustainable developement, puisque plus personne ne peut faire de réclame chez CNN sans vouloir sauver la planète. Donc en Chine, pas de nuance. Swich on / off. Facile. Lhassa, connais pas… Vous avez des états d'âme ?

Mais l'internet aidant, le débat va bon train. Hier soir, au cours d'un dîner, la seule question qui préoccupe est : les occidentaux vont-ils boycotter les Jeux ? N'étant pas expert mais un peu normand, j'y vais d'un couci-couça convaincant, et l'un des convives a cette phrase qui me taraude depuis : « Ca serait terrible ! La Chine ne pourrait pas supporter une telle perte de face ! »

Je me suis demandé ce qu'elle ferait.

Vignette: Shanghai evening 

6 détails insignifiants à mon sujet

rio.jpgTagué par Jules et Koz , je m'y colle et j'ose.

1. Je suis d'un naturel optimiste, positif, joyeux. Leonard Cohen m'emmerde.
2. De longue date déçu par l'eau du bain, j'ai opté pour la douche. La température est constante et c'est bon pour Gaya.
3. Un soir au Mercer (au coin de Mercer et de Prince), je lisais François Bon dans le lobby, une bière servie par une chinoise sinueuse, la biographie des Rolling Stones, page 435, je crois. Elle s'est assise à côté de moi. Elle, c'était Fiona Apple. Moi, pas moufeté.
4. Avec mes amis, un groupe folk, il y a longtemps, nous faisons l'Olympia. De Paris.
5. Chaque année, je navigue au printemps. A la voile. Discrètement, j'essaie de marcher sur l'eau. Sans illusions.
6. J'avais treize ans. Un cheval est mort, la tête sur mes genoux. Il était gris et joueur. On disait de lui qu'il avait du sang arabe.

 Je ne tague que les filles: Neirie , Clarabel et Tamara . Grand bien leur fasse !

 Vignette: Rio, comme un lundi… retour demain.

Back In USSA’

stars.jpgA la va-vite. En voyage
South Carolina pour quelques jours, dans une Amérique en campagne, elle aussi. Il a plu, hier, en milieu de journée. A Hard Rain's Gonna Fall, elle a balayé les Appalaches… Ca faisait un moment que je n'avais pas posé le pied sur la terre promise. En 1969, les Beatles sont agacés par cette propension qu'ont les américains à sangloter en descendant de l'avion, en retrouvant My Land, This Land in My Land etc. Ils écrivent et enregistrent Back In USSR, en ouverture du Double Blanc, chanson-hymne trépidante dédiée aux « canons » soviétiques : And Moscow girls make me sing and shout, and Georgia's always on my-my-my-my-my-my-my… mind !

Ici, à table, on parle des primaires, mais sans excès, en mâchant une salade craquante et insipide. Business d'abord. Les choses importantes. Mais quand même, l'Amérique pour la première fois de son histoire va devoir choisir entre (i) une Femme de Pouvoir et épouse abusée mais miséricordieuse, pur produit de la matrice féminine américaine, moyennement sexy, qui a voté la guerre sans le faire exprès ; (ii) un half-black hyper-charismatique qui trouve le moyen d'être noir et américain sans être noir-américain de souche… sans doute son plus efficace competitive advantage, qui occupe le lieu d'un rêve oublié depuis le 24 août 1963, quand M. L. King partageait le sien avec foule de la Grande Marche, ou même celui d'un Kennedy qui réveillait l'Amérique et la prenait par la main, direction la Lune. Et pour finir, les primaires bouclées, (iii) « The Right Stuff », un ancien militaire, un type qui en a, merci, prisonnier des Viets en son temps, qui n'a pas voulu l'apocalypse #2 de GWB et fait aujourd'hui don de son corps retraité à l'oncle Sam. La guerre des archétypes a commencé. Beau pays qui nous surprend toujours.

Mais si la diversité s'invite au cœur de la campagne - et c'est rassurant - comment ne pas voir que dans les carcasses démolies et encore chaudes des tours de Manhattan, d'autres ont trouvé le prétexte au recul démocratique le plus significatif de l'Amérique moderne. En 1969, Lennon et McCartney s'amusent du démocratisme larmoyant de l'Amérique et ridiculisent naïvement le totalitarisme soviétique. En 2008, force est de constater - par exemple pendant les deux heures passées à faire la queue pour passer l'Immigration à l'aéroport - que le masque sécuritaire de GWB camouflait une grimace subrepticement totalitaire.

Le mécanisme démocratique est plus fort et, quel que soit le résultat des élections de novembre, nombreux sont ceux qui pensent ici que la déconstruction du système Bush, même lente et compliquée pour des raisons structurelles, aura lieu.
Espoir donc.

PS : Jules m'a  tagué , Koz m'a tagué , sur un petit jeu. Je les en remercie : merci Jules, merci Koz. J'y répondrai dans quelques jours avec pudeur et sincérité.

Casse-toi, pôv’con, analyse et gros mots

cock.jpgJ'assiste en quasi direct sur ioutioub, comme chacun d'entre nous, à la visite du président aux jacistes enthousiastes et aux non moins ithyphalliques bovins de la Porte de Versailles, et je me dis que d'un président l'autre, d'une étable l'autre, - comme le soulignait hier soir un ami vétérinaire très saoul - on change de doigté. Une révolution culturelle, ça se lit aussi dans les détails. De la claque au cul des vaches au coup de pied au cul des cons, c'est toute une poésie rurale qui est revisitée, en même temps que la fonction présidentielle. Arrêtons-nous un peu sur l'image.

J'ai visionné et visionné encore cette séquence unique du rapport des français au pouvoir, et inversement, de l'élite à sa plèbe. L'ai passée à l'endroit, à l'envers, avec ou sans l'image, avec ou sans le son, j'ai observé un à un les visages qui entourent l'élu, essayé de comprendre la dynamique sous-jacente au drame, même cherché en passant des indices validant la mort de Paul McCartney en 1968. Voici mon analyse.

Concentrons-nous d'abord sur la phrase, celle - inacceptable - par quoi le scandale arrive : « Touche-moi pas, tu me salis ». Touche-moi pas… non mais d'où sort ce clown analphabète ? Une première évidence s'impose, ce type a fait son primaire en France, à l'École Publique la meilleure du monde, et a probablement calcifié pendant son secondaire les dommages grammaticaux hérités de la complaisance pédagogique post soixante-huitarde. Une confirmation vivante des scores désastreux du rapport PISA, en somme. Une deuxième évidence, ce type mal embouché est malhonnête et sans doute téléguidé par Marianne. Il vient de passer des heures à patauger dans le purin annuel de la porte de Versailles et refuse de goûter au toucher régalien d'un président rasé de frais, sans doute douché moins d'une heure auparavant. On rêve. Et venons-en donc à la réaction, somme toute assez modérée, de Nicolas. Franchement, un type me dit touche-moi-pas-tu-me-salis, moi, c'est coup de boule direct, et légèrement pris de biais pour lui remonter la cloison nasale au niveau des sourcils, avec pour résultat une obstruction systématique de l'une des narines au moment de l'endormissement, rien de plus agaçant. A la place de quoi, totalement zen, le président lui susurre, bonasse, un brin complice, casse toi, pôv'con, variante batave du fameux touche à ton cul salope qu'il nous réserve pour le salon du Bourget. Le langage de la rue, quoi, celui des cités. La belle langue du sol, sans doute un exemple de mise à niveau du discours citoyen, de la connivence enfin retrouvée après toutes ces années de rupture entre le peuple et une classe politique élitiste et distante, aveugle aux préoccupations quotidiennes des Français. Car enfin, soyons honnêtes, qu'aurait dit Rocard en la circonstance ? « Et bien soit, l'arsouille ! Et mouvez-vous donc d'une canne, misérable vulve ! ». Personne n'aurait compris, ce qui est normal avec Michel, et l'événement aurait fait long pschitt.

Sarkozy, lui, reste simple, direct et rapide. C'est son style, le pays l'a compris. Les mauvaises langues, toujours de gauche, diront qu'il s'agit là d'un acte symbolique, une phrase qui n'appartient pas au hasard, l'une de ces paroles réflexives arrachées à la pensée d'autrui pour la faire sienne, la digérer en quelque sorte. En d'autres termes, casse toi pauvre con serait une restitution inconsciente des sondages par l'Élysée.

Après tout, je me souviens qu'en pleine campagne présidentielle, le candidat UMP, croisant quelques élus socialistes un peu déstabilisés dans les couloirs de l'Assemblée, leur avait lâché narquois « Surtout ne changez rien ! ». Royal et Hollande auraient beau jeu, aujourd'hui, de lui retourner le compliment, avec les conséquences que l'on connaît, car si un Sarkozy fort a su faire l'union de la droite, un Sarkozy faible aura tôt fait de la détruire et de rouvrir les plaies qui l'ont longtemps affaiblie. Auquel cas un PS anéanti ferait face à une droite ruinée.
Nous serions alors tous très enthousiastes et confiants dans l'avenir.

Vignette: combat de coqs, une tradition

Teamwork

dali.jpgProfil bas. Faut juste savoir ne pas la ramener, parler d'autres choses… Trouver des sujets de conversation parallèles… vous êtes plutôt chaudière individuelle ou chauffage collectif, vous ? Personnellement, je suis sur l'individuel mais enfin discutons-en… ou les boîtes de vitesse, c'est bien aussi, automatique ? Mécanique ? Des trucs importants.

Bon, il avait dit qu'il ferait bouger les lignes, Nicolas, fantasme linéal très répandu dans la classe politique depuis quelques mois. Et il a fait ce qu'il a dit. D'ailleurs il l'avait bien dit. Je veux dire il avait bien dit qu'il ferait ce qu'il disait. La ligne bouge un peu, donc, y compris dans la majorité qui ne sait plus bien laquelle suivre, de la ligne d'horizon à la ligne de traîne. C'est ça, la culture du résultat, on la suit des yeux… Il n'a pas dit de la performance, il a dit du résultat. Quel que soit le résultat. On voit le résultat. Pas encore la performance. Et le fait est que même ceux qui l'ont soutenu - c'est mon cas - ont juste un petit haut-le-cœur tellement elles bougent, les lignes. Il faut s'en sniffer une costaude pour comprendre. Ou ne pas la perdre (j'en suis à six semaines sans tabac, merci). L'axe Cecilia-Carla-Neuilly-Shoa commence à sentir la ligne de fuite. Si Kerviel avait joué Sarko à la baisse, la SocGen rachetait City Bank en une semaine.

Une petite chute dans le triple salto des figures libres… La juge française note à 39% ce matin. C'est sévère… La presse, elle, avec le naturel putassier qu'on lui sait -  et Jean-François Kahn en taulière - se jette sur la viande encore chaude, ricane et pétitionne à tout va. Bref ça ira, ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne… on entonne la rengaine à la Closerie. On ne pouvait pas mieux dire puisque c'est bien à la Lanterne que se complote le vaudeville perturbant du moment.
Pour être très franc, je suis beaucoup plus à l'aise quand tout prouve que j'ai raison. Quoi de plus énervant, en effet, que voir ceux d'en face grimacer un sourire genre on te l'avait bien dit.  J'évite un peu les copains de gauche. C'est prudent. Donc profil bas. Pour un moment. Mais, au fond, j'aime bien cette période, ce va et vient du triomphe. Si j'ai bon souvenir, crisis, en grec, signifie le jugement, la vérité, la lumière faite sur soi. Il y quelque chose de tranchant dans la crise, qui fait que si l'on survit, on en sort amaigri, moins complaisant, plus fort. J'avais écrit sur l'impopularité, il y a déjà un moment, sur l'expérience du rejet, du vide, du désamour. Comment Nicolas sortira-t-il de ce mauvais passage, que d'autres ont connu avant lui ?

Reste l'équipe. Et l'équipe avance, apparemment. Fillon semble tenir son cap. Si l'équipe tient, le chef tiendra et, dans le meilleur des cas, aura gagné en modestie. S'il tue son équipe, le chef saignera longtemps. L'enjeu est énorme.
Les études - certaines auxquelles j'ai même participé - mettent en évidence au moins quatre grandes qualités perçues chez les leaders qui savent développer un climat de confiance au sein de leurs équipes : la compétence, l'empathie, l'honnêteté dans le discours et la concentration.
La compétence ? C'est sûr, en vol, nous préférons que le pilote sache piloter. Sur ce point Sarkozy n'a pas vraiment démérité, du moins à mes yeux, mais Villiers-le-Bel sonne davantage comme une réminiscence ministérielle que comme un acte de leadership présidentiel, et même si l'Élysée n'y est pour rien, le planning est fâcheux. Qu'on ait gaulé avec compétence la poignée connards qui faisait des cartons sur les forces de l'ordre ne me dérange pas, mais le rapport de Nicolas aux banlieues n'est pas universellement décrit comme empathique.
Les annonces judéo-compassionnelles de la semaine dernière se sont faites sur fond de banlieue casquée… A tort ou à raison, les perceptions sont ce qu'elles sont et l'empathie n'est pas le mot qui vient naturellement en pensant au président. L'honnêteté dans la communication ? Pour autant qu'elle soit la sienne, la parole du président ne me semble pas moins honnête que celle de ses prédécesseurs. Sans doute même plus directe, moins tordue ou cynique. Reste la concentration. Ce que les anglo-saxon appellent focus ou dedication. Le président est-il dédié, concentré sur son objectif, sa tâche, son programme, son équipe… et sur eux seuls… C'est à mon avis ici que le bât blesse vraiment. On serait tenté d'ajouter que le bas blesse, tant la vie personnelle du président se superpose à l'activisme trépidant qui marque son entrée en lisse. Il tire dans tous les sens, dirait un jaloux. Il est tellement partout qu'il n'est plus nulle part, qu'il n'est plus crédible, du moins aux yeux de l'opinion. Quelque chose, dans l'horloge du pouvoir, sonne faux. L'Europe rebâtie en deux mois, un couple reformé en deux semaines, un France réformée en cinq ans, une opposition terrassée en un conseil des ministres, l'Amérique retrouvée en un été, des infirmières libérées en un voyage… il y a, pour ce pays profondément paysan, cyclique, conservateur et lent, quelque chose d'irréel dans cette accumulation, quelque chose qui, en tout cas, suscite la défiance. « Chaque chose en son temps ». « Chacun à sa place ». « Donner du temps au temps ». « Ne pas aller plus vite que la musique »… la France regorge de cette sagesse conservatrice et rurale dans laquelle elle s'enlise. Pour autant, l'ignorer est un risque. Sarkozy semble vouloir le prendre. Il ne peut pas le faire seul. Aujourd'hui, l'équipe gouvernementale est le seul lien crédible entre un Élysée qui trépigne et un pays qu'on dérange en pleine sieste. Sarko est au clairon. François assure les basses.

J'aimerais pourtant qu'ils accélèrent.

Vignette : La Cène ; Salvador Dali, 1955

Sédiments et Sentiments

banania3.jpgParfois le temps nous ébahit. Nous sommes désarmés. Il ouvre un trappe et d'une simple bourrade nous fait basculer et tournoyer comme un pantin dans la traîne sulciforme de nos vies. Cela peut arriver à n'importe qui. A n'importe quel moment de la matinée, de la journée, de la nuit. Parfois le mercredi. N'importe où, aussi ; en traversant une ville du sud au volant d'une voiture de location ; en croisant quelques collégiens sur un trottoir, Chaussée de la Haecht ; en apercevant une silhouette familière qui disparaît dans la foule de l'aéroport de Bangkok…

C'est comme cela qu'en levant les yeux, alors que les portes du métro pschitaient à Sablons, j'ai vu cette affiche. La RATP refait la station et l'habillage très moderniste des années soixante a été déposé. Sur les grands panneaux publicitaires de l'époque, subsistent les traces lacunaires des réclames d'un autre temps. Et là, au centre de cette enclave dévastée mais préservée des fifties, le sourire en lambeaux de l'Afrique Équatoriale Française. Banania. Et pour qui sait lire, là, en bas à gauche, le Y apostrophe de « Y'a bon », ce slogan des matins glauques, lu et relu, paupières lourdes d'avant l'école, marcher dans la nuit froide, rue Ernest Renan… Le Nègre de de Gaulle et de Senghor avait fait place au Noir de Giscard avant que le Black de Jack Lang n'impose ses rythmes dans les sous-sols nocturnes de Paris et qu'enfin, Sarko l'invite à gouverner. Une croisade mentale de cinquante années. Et le voilà qui passait un sourire, un clin d'œil, dans la muraille du temps, dans les sédiments déchirés de la ville marchande. Mercredi.
Je suis retourné le photographier.
Un peu plus loin, le Critérium, ce privilège de bakélite noire et crénelé qui laissait sur le bord de l'index ses barrettes de peau rougie. Quelle idée géniale que ce crayon qui ouvrait sa gueule de murène et qui crachait sa mine ! HB, la neutre. 2H, la décevante qui ne marquait pas mais ne cassait jamais. 2B, grasse et fragile, douce sur la feuille, qui bavait sous le pouce. Au cul du stylo, un petit cylindre de métal blanc. D'un côté la petite gomme rouge, de l'autre de quoi tailler la mine. Un système moderne et ingénieux ! Tout le monde n'avait pas un Critérium.
Là-bas, l'ancien logo du BHV, vert et massif. Ici, une jeune femme qui absorbe le chocolat renversé sur la table de la cuisine -Formica bleu pâle -, qui essuie le beau poisson qu'elle cuisinera ce soir - c'est donc vendredi -, qui fait briller le chandelier du trousseau. Elle absorbe, elle essuie, elle fait briller. Que pouvait bien faire d'autre une maman de 1957, l'année de la campagne Banania ? Une ménagère au cœur du nioudile français de l'après-guerre.

En remontant dans la rame, je me suis demandé ce que seraient les sédiments de 2007, en 2057, sur quoi s'arrêteraient mes petits enfants futurs. Google ? Ce mot qui ne désigne plus le crétin poilu des voyages de Gulliver, qui n'est pas non plus ce gargouillement terriblement embarrassant qui vous sabote un premier rendez-vous à fort enjeu, je me disais qu'est-ce qui restera de nos milliards de pages digitales, de l'immense bruit blanc de la toile… Il paraît qu'il faut faire attention. Les Ptolémée de la côte ouest nous referaient une version Big Brother de la bibliothèque d'Alexandrie. De plus en plus, paraît-il, on vous Google avant une rencontre. On sait, on saura donc tout de vous. Cuidado, il ne faut rien laisser dans le Global-File, paraît-il, car bientôt, quelque hacker malveillant pénétrera votre dossier médical - et ce furoncle malencontreux sur le bord inférieur du prépuce, il y a douze ans, vous coûtera ce job tant convoité. Vos dépenses inavouées, vos trajets secrets, vos escales improbables, vos appels subreptices, ceux qui se font à voix basse, tout sera sur le net, accessible, il vous faudra en répondre, de tribunal en tribunal…

Dans le sourire de Banania, il y avait le plaisir d'un instant et le bonheur d'un futur prometteur. Le sourire s'est effacé et le futur nous fait peur. En 2057, je me serai sans doute digitalisé avec grâce et sans doute recombiné astucieusement, ou même réincarné, en Tephritida du manguier ou en clitocybe anisé.

Mais il y aura bien un type que le hasard conduira sur cette page.

Vignette: métro Les Sablons, affiche d'Hervé Morvan, Banania 1959.

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Les oreilles et la queue

torro.jpgJe rentre de Barcelone, ça ne pouvait pas mieux tomber. Comme Toreador - qui tient depuis longtemps un blog insolent, fiévreux et virulent - n'arrivait pas à sortir des élections sans dépression post-traumatique, il a pris la décision de poursuivre et a lancé sur sa page le sondage des meilleurs blogs selon ses lecteurs. Le mien apparaît dans le toptenne, ce qui est, chacun le sait, l'ambition de toute multinationale qui se respecte.

Mais au-delà de cette reconnaissance par un cercle, certes plus étroit que celui des présidentielles, mais de qualité, disons, quelque chose me touche ici : le fait d'être associé à deux sites que j'aime particulièrement. Tout d'abord Koz , blog de droite humaniste et chrétienne, toujours pertinent à qui l'on doit des billets tour à tour pointus, touchants ou désopilants (je pense en particulier à sa participation bouleversante à un Débat Participatif de Ségo un soir de campagne présidentielle). L'autre est celui de Hugues, Com-Vat , un blog de gauche dont j'admire le style et la finesse. Hugues aime Ségolène, mais son style est tel que je le lui pardonne volontier…

Alors un conseil, allez lire chez ceux-là, vous ne le regretterez pas.

Vignette: El torro de Osborne 

Mesurer, pour quoi faire ?

luca.jpgUn bonheur de bonne heure ce matin dans la radio. Une fois n'est pas coutume.
Le journaliste présente une initiative sauvage, déviante, scandaleuse, encore un truc de ces putains de sales jeunes qui ne respectent rien : un nouveau site internet permet aux étudiants de se connecter et d'évaluer leurs cours sur une série de critères plutôt bien choisis (contenu, clarté, animation, intérêt, matériel pédagogique etc…). Les fumiers, ils ne respectent donc rien, je pense en trempant solitaire ma tartine dans un café au lait déjà tiède. Comme si leur profs n'étaient pas parfaits ? Les meilleurs du monde dans le meilleur système universitaire du monde. Mais le journaliste continue et appelle un Grand Témoin Lambda, une professeuse de fac, vaguement syndiquée, qui s'indigne en direct : « Alors si un tel système devait se développer, ça deviendrait problématique, il y aurait un risque que cela permette d'écarter un professeur simplement parce que son cours est mauvais, et ça, ça serait désastreux… ». Ca c'est envoyé ! Je reste figé, la tartine à mi-hauteur entre le bol et ma bouche. Pas de rewind sur Europe 1, mais si j'ai bien compris, il ne faudrait quand même pas courir le risque d'avoir un enseignement de qualité. On comprend facilement. Pas question de demander aux étudiants d'évaluer, ils en sont bien incapables, ils sont tellement cons, et ainsi le système scolaire et universitaire français restera le meilleur du monde. Et laissons de côté le rapport PISA , cette évaluation européenne assez contestable parce que non maîtrisée par l'Éducation Nationale, ou le palmarès de Shanghai qui souffre du même défaut.

Quelques minutes plus tard, je suis dans ma voiture à cracher mon poids de CO2 pour aller au bureau. J'écoute la radio. Le journaliste de BFM indique que Nicolas Sarkozy plonge dans les sondages (je le crois d'ailleurs plongé dans une aventure bien plus captivante). Tiens, c'est bizarre, je marmonne en frappant alternativement mon front et le volant de la paume de la main gauche, au feu rouge du Palais Royal, encerclé par les courageux Véliboys, lui on l'évalue une fois par semaine, mais on n'évalue pas les profs ou les fonctionnaires. Pourtant, on évalue aussi les ministres. Ca n'a donc rien à voir avec le fait d'être élu ou non. Les fonctionnaires sont notés aussi, par leur hiérarchie. Pas par leurs clients, donc. Un rapport auquel aurait participé Michel Rocard explique que la note doit impérativement être comprise entre 18 et 19,5 / 20. Sortir de cet écart est inacceptable. Simulacre, me dira-t-on ? Mauvais esprit ! Non, juste la preuve que nous avons une administration d'excellence, et que d'ailleurs le monde entier nous envie. Vous en voulez la preuve ? Voyez la moyenne de la classe.

Nicolas, de son côté, a promis d'être le président du pouvoir d'achat, et ça se mesure - et il le prouve d'ailleurs par ses fréquentation moyennement smicardes. Dont acte ! Se dit alors Jérôme K., modeste employé et trader fou d'une grande banque que je ne citerai pas par souci de discrétion. Pouvoir d'achat pour pouvoir d'achat, le gamin y va avec enthousiasme et la terre entière sait maintenant de quoi nous sommes capables ! Mais je lis ce matin dans la Figaro (sondage Opinion Way) que seulement 13% des français le considèrent comme responsable de la crise passagère que traverse son employeur. Non, la responsabilité est clairement désignée, elle est celle des dirigeants pour la majorité, et des systèmes de contrôle pour les d'autres… Nous y voilà : l'irresponsabilité est individuelle, la responsabilité est institutionnelle. Le grand coupable, on le connaît, c'est Le Système Auquel Personne Ne Peut Rien. Sinon Dieu. Et Dieu, en république, c'est le chef. Normal donc qu'il baisse dans les sondages et qu'éventuellement on en change. Personnellement, je n'ai jamais bien compris en quoi la responsabilité d'un système pouvait dépasser celle de ses concepteurs, ou même de ceux qui le subissent, s'en arrangent ou en profitent. Je ne vois pas non plus en quoi les faiblesses du chef absolvent quiconque de sa responsabilité individuelle. Peut-être, dira-t-on, que je vire parpaillot. Mais ça a du bon.

Au-delà de ce méchant syndrome, reste le problème de la mesure. Dans sa logique de l'honneur désuète et complaisante, la Réserve Nationale, je veux dire la France Publique, s'est éloignée d'un réel que l'autre moitié du pays assume et subit. Évaluer c'est reconnaître la réalité. Donc n'évaluons pas car l'ayant fait nous devrions agir pour progresser, pour changer les choses… Exposer la médiocrité là où l'illusion d'excellence survit n'est pas politiquement acceptable. Voyez le mépris de la gauche pour ceux qu'ils qualifient de « déclinistes ». Ces types vulgaires qui croient aux courbes et aux chiffres… En les nommant ainsi, on en fait les contempteurs d'une idéologie nouvelle et pessimiste, et non de simples observateurs des faits.
Réformer, changer les choses coûte cher en France. Certains mesurent aujourd'hui le risque inhérent à l'action dans un pays qui croit pouvoir durer parce qu'il est noyé de conservateur. Mitterrand, anesthésiste politique de talent, l'avait bien compris en proposant aux Français le Grand Projet du Ni-Ni. Un tabac assuré.

Non ? Mesurer c'est privilégier le réel sur l'effet l'optique ou de discours. Ca tue la complaisance. Une approche qui parfois sonne comme un réveil strident sur fin de rêve. Y compris pour un prof lambda.
A proscrire ?

Vignette: Jacopo de Barbari (vers 1495); Portrait du mathématicien Luca Pacioli (1445-1514) (Un marrant…)   

De l’Amitié des frères d’armes, de l’Amour du prochain, de la République, de Dieu, de la Mort.

nicolas.jpgLa météo, passe encore.
Mais regarder le 20 heures m'est très pénible. Insupportable, même. Surtout après un arrêt de tabac. C'est nerveux. Impossible de me retenir, je maugrée, je bougonne, je m'agite dans mon fauteuil. Ridicule. Un signe d'âge, on dit. Et je produis en quelques minutes une quantité de bile que le dîner peine à résorber. Tout cela se termine dans un demi sommeil abruti, au cœur de la nuit, mal au bide, à suivre seul la cent vingtième rediffusion du fameux documentaire sur l'ingéniosité des castors bâtisseurs de barrages ou sur la grande scène de chasse, quand la lionne puissante, massive et silencieuse - c'est toujours la même - s'offre son cent-vingtième impala avec le type en voix off qui marmonne des trucs réalistes sur la cruauté des cycles naturels.

Mais de temps en temps, je ne le regrette pas, le 20 heures. Par exemple cette semaine - pour faire le lien avec la cruauté sus-évoquée - une vignette de quelques secondes, l'arrivée du Président à Pau, accueilli par Bayou. Scène de chasse.

« Naturellement, tu viens avec nous… invite Sarkozy, à peine sorti de l'avion, tout sourire, genre à la bonne franquette, Carla nous a fait une petite salade…
- Les parlementaires n'ont pas été invités, grimace l'autre, pontifiant, mais c'est son style. Je suis venu à l'aéroport car je suis très attaché au respect des principes républicains…
- Y a pas qu'la République… propose Nicolas, qui marche déjà vers l'aérogare, sans se retourner, un peu gavroche, genre tu vas pas nous faire chier avec ce genre de détails, la république ! On rêve… et de toute façon, moi je dialogue avec Dieu, à la limite le pape, mais pas avec un sous-fifre géorgique et démocrate tout court.
- La République, c'est important… tente le béarnais, mais déjà chancelant.
- Les principes républicains c'est bien, mais il y a aussi l'a-mi-tié, tranche le président qui n'ose pas encore l'Amour. (Au second plan, on voit que le préfet se mord l'intérieur de la joue pour ne pas exploser.)
- J'ai pu vérifier que l'amitié prenait des formes diverses, conclut François en courant derrière, un peu minable, le regard flouté par le gentil coup de boule de l'ami, déjà effacé dans le coin gauche de l'écran…

Mais Nicolas n'écoute plus, Nicolas avance sur la ligne sacrée de son destin d'exception, juste un léger haussement d'épaules pour la gentilité paloise et républicaine de l'autre péqueneau, tout gonflé des ors de sa mairie provinciale, qui n'ont ni la profondeur céleste de Notre Dame ni les dissonances déchirantes et mystiques de la Berliner Messe d'Arvo Part. (Tiens, faudrait que je dise à Carla de se mettre à l'orgue).

Car depuis peu, et comme nombre de ses prédécesseurs, le président entend qu'Il l'appelle. Quelque chose s'est ouvert dans la Grande Voûte, une Parole a été prononcée. Il répond. Et nous revoilà tous à la case départ. La mandature suprême singerait une fois encore le droit divin dont elle est finalement le rejeton et la parodie laïque et bourgeoise. Je désacralise en joggant avec mes Ray Bans et, dans la foulée, je Lui parle. Le syndrome de sacralisation du pouvoir n'est pas mort en France, et les français le veulent.
Personnellement, j'ai mal vécu le tango wahhabite d'il y a quelques jours. Je ne me sens aucune parenté spirituelle avec les coupeurs de mains et de têtes qui opèrent sur le parking de Djeddah tous les mercredi matin. En Son nom. Après, on passe un coup de jet et les bagnoles reviennent. C'est qu'on ne doit parler du Même…

Et tout cela me ramène à un mes lectures anciennes, un moment de la vie de de Gaulle, alors qu'après la guerre, vexé, il boude à Colombey, persuadé à tort qu'on va le rappeler dardar… Le ministre de la défense de l'époque se rend compte que sa promotion au grade de général (à titre temporaire) a été décidée en pleine débâcle, alors que Charles - alors seulement colonel - vient de repousser une attaque allemande avec ses chars, à Montcornet. Et cette distinction n'a jamais été ratifiée. Il écrit donc au général pour lui proposer d'officialiser la nomination et de le faire au ministère, avec les égards dus au héros. A quoi, le général (toujours à titre temporaire) lui répond gentiment - je cite de mémoire car j'ai prêté mes De Gaulle de Jean Lacouture à un ami socialiste pour l'aider à se débarrasser de la névrose tontonmaniaque obsessionnelle qu'il traîne depuis les années 80 : « Comment votre ministère pourrait-il valider ce que l'Histoire a elle-même ratifiée. Et s'il subsiste des problèmes, la mort, et la mort seule, se chargera de les aplanir… ». Bref, je dialogue avec l'Histoire et la Mort, pas avec votre ministère, gros con. N'est pas de Gaulle qui veut. D'accord. Mais qu'on le veuille ou non, Dieu n'a jamais déserté la scène républicaine. Le sacré, la religion ne seraient-il finalement que les fleurs marcescentes d'une république spirituellement étriquée, prêts à reprendre des couleurs ?

Au fond, ça ne me gêne qu'à moitié. L'Eglise aussi a connu sa Réforme… en son temps. Tout bien considéré, je reste convaincu que Sarkozy est le seul homme politique français assez fou pour lancer les réformes nécessaires au pays, et le seul assez courageux pour les réaliser.
With God On His Side.

Vignette: Saint Nicolas ; icône Roumaine (on remarquera, au deuxième plan, une jeune femme aux maracas).

Millenium, First Bobo Polar

salander.jpgJe referme Millenium - le polar de la décennie selon la critique - bobo-thriller en trois tomes sur lequel on se doit d'avoir tremblé entre Noël et le jour de l'an, pour autant que les beaux livres publiés par Acte Sud - Actes Noirs, pour l'occasion - aient trôné sous le sapin au côté "de celui de celle dont nous sommes la plus elle histoire". C'était mon cas. J'ai beaucoup aimé Millénium, et souvent ri nerveusement, on verra pourquoi.

L'auteur, Stieg Larsson, n'a pas résisté à son intrigue. Il est mort en remettant le tome III à son éditeur. C'est affreusement triste. Il n'aura rien vu du succès mondial de sa trilogie. Mais venons-en au fait.

Le héros, Mikael Blomqvist, est un journaliste de gauche, donc naturellement épris de vérité et profondément révolté par l'injustice. Il a fondé un journal insolent et contestataire, Millenium, dont la mission principale est de faire toute la lumière sur les abominations économiques et sexuelles du monde des finances et du grand capital. Donc jusque là, tout est normal.

Après un divorce très smooth, très adulte-adulte, avec une femme dont il est resté le véritable ami, il est resté très lié à sa fille. Mais la gamine a dû disjoncter car elle s'est mise à croire en Dieu. Forcément, ça secoue son père qui se demande s'il n'est pas un peu responsable d'une telle défaillance psychologique. Mikael passe de femme en femme avec une prédilection pour son associée, une fille superbe, de la haute, avec qui il couche très régulièrement. Mais Erika est simplement une « copine de baise avec un vrai feeling », et tout se fait avec l'assentiment de son mari qui trouve tout très bien mais qui - allez, il est un peu coincé, un peu ringard, un hétéro borné, même pas bisexuel - hésite à rejoindre les deux amants au cœur de leurs ébats. Ca fait sourire Blomqvist, cette timidité un peu déplacée. Pas relax, l'artiste. Jusque là, donc, tout est normal.

Dans sa croisade contre le Grand Capital, il est épaulé par Lisbeth Salander, une gamine très attachante parce que totalement asociale, semi-autiste, couverte de tatouages et de piercings, d'une violence primale, radicale, extrêmement intelligente et, par conséquent, en révolte aigüe contre l'oppression institutionnelle, policière et médicale, dont elle a eu à subir l'aveuglement, en HP (pas les imprimantes, l'asile). Lisbeth est la victime d'un complot qui la dépasse et de la brutalité stupide et forcément masculine d'un père monstrueux, d'un psychiatre pervers et du modèle suédois. Lisbeth est un génie de l'informatique et du net, une hackeuse de talent qui peut s'introduire dans votre Ipod en se connectant de Macao ou des toilettes du TGV et vous chourer tous vos titres de Gérard Palaprat ou d'Enrico Macias. Elle est naturellement bisexuelle et aime beaucoup Mimi, une autre fille sympa, tatouée, hyper-destroy, qu'elle a rencontrée à la Gay Pride et qui l'attache sur le plancher avec des chaînes et des lanières de cuir pour lui donner davantage de plaisir. Une vraie copine, donc, très en vogue dans les milieux SM très sympas. En lisant Millenium, on kiffe vite pour Lisbeth. Elle a une vingtaine d'année, mais un corps d'adolescente, voire de lolita pré-pubère. C'est un détail important. Ca permet à Mikael de s'éclater sans aller au gnouf. Mais comme il a aussi une copine de plus de cinquante ans, on se dit simplement que c'est un gland à spectre large. Jusque là, tout est normal, relax.

Les ennemis de Mikael et de Lisbeth sont tous des hommes riches, puissants et en surcharge pondérale. Plutôt des avocats ou des banquiers d'affaires, des capitaines d'industrie - donc pervers - même pas féministes, pas forcément antiracistes et peu respectueux de l'environnement. Ils ont en général un parent proche qui a été dans la Waffen SS. Ce sont des types affreux, d'une façon générale sadiques et tous résolument pédophiles. Sur le disque dur de leur PC, on trouve des étagères entières de culottes Petit Bateau, davantage que dans le catalogue de La Redoute. Apparemment ils ne sautent que des mineures, à Tallinn ou ailleurs. Ca prouve bien que l'argent pourrit tout. Mais c'est compter sans Millenium. Jusque là, tout est normal, on respire.

Mikael et Lisbeth se trouvent donc emportés trois tomes durant dans un tourbillon crypto fasciste ou la droite haineuse apparaît enfin sous son vrai jour. Mais nos héros sociaux-démocrates triomphent. Lisbeth fait main basse sur la fortune colossale et mal gagnée du plus méchant des gros en pénétrant le système de sa banque. Mikael, de son côté, pénètre Lisbeth et semble prendre enfin conscience de son schéma corporel. Enfin je crois.

Bref, sur presque deux-mille pages, on navigue de poncif en poncif mais, il faut bien le reconnaître, avec passion tant les histoires sont bien construites, les personnages attachants et le mystère nourri avec patience. L'univers de référence de Stieg m'a fait sourire, c'est vrai, mais son talent de storyteller était exceptionnel.

Cette mort, comme beaucoup d'autres, est un véritable scandale. Lisez Larsson !

Dîner en Ville

riches_heures.jpgLocal ? National ? Européen ? Planétaire ? Galactique ? Universel ? Eschatologique ? Depuis deux mois la presse chauffe la salle en évoquant le « Test des Municipales » et s'étonne aujourd'hui de ce que Sarkozy « politise » un enjeu qui bientôt n'aura de local que le résultat… C'est-à-dire, en fin de compte, le plus important. En d'autres termes, mars 2008 sera la sanction du quinquennat. Tout s'accélère.

Les municipales seront donc un test national et l'argumentaire en sera, en parallèle à la vague réformatrice, une nouvelle politique de la ville dont, sauf conflit majeur avec la cheffe, Fadela sera le porte-parole d'ouverture. Enjeu national, donc, c'est maintenant établi, avec ce qu'il faut de pertes ou de gains potentiels.

Le risque pour le président ? De voir, non pas sa politique, mais son style éméché sanctionné. L'électorat semble en effet agacé par des comportements disons, inhabituels, dans l'exercice de la fonction. Pompidou-Carla, ça aurait moins bien fonctionné. Enfin, je dis ça, c'est intuitif…  Le Français, bien qu'il s'en défende, reste malgré tout un peu poujadiste, un peu chrétien de gauche, peu flambeur, vivons cachés, paysan, méfiant du m'as-tu-vu. Quant à sa rationalité au moment du vote, 2005 a montré qu'il pouvait passer aux oubliettes une constitution européenne qu'il avait à peine lue, simplement pour adresser à l'Élysée un message de mécontentement… Un vol en Falcon vaut-il Bordeaux ou Marseille ? Paris vaut-il une fesse (pardon…). On peut tout craindre, le pire en particulier.

Le risque pour le PS ? En politisant au plan national, Sarkozy contraint la gauche, et le PS en particulier, à inscrire sa campagne non seulement dans un cadre politique général - et donc au cœur du débat idéologique qui l'entrave aujourd'hui -, mais encore dans la guerre feutrée, polie, souriante que se livrent les chefs pour la prise de contrôle d'un appareil moyennement solidaire et le leadership de militants déboussolés et excédés. En tout cas ceux qui restent. Or qui, aujourd'hui, peut parler au plan national des positions du PS ? Personne. L'affaire de la ratification du mini-traité vaut pour run-test du bordel qui préside au débat. Et c'est donc sur l'évidence du vide, sur la division et sur l'obsolescence idéologique que s'épanouiront les conflits de personnes et que se feront les ralliements futurs. Beau programme. Pour la droite.

Une fois encore, Sarkozy ne sera pas l'intégrateur négatif qu'on a voulu construire en 2007 avec le TSS puisque, précisément, le PS se divisera au préalable pour savoir qui de ses hiérarques serait seul en position de gagner contre lui en 2012. Le mot d'ordre n'est plus « Tous contre Sarko » mais « Qui contre Sarko ? » ou, pire, qui est la « Seule personne qui peut battre Sarko en 2012 ». Déjà vu. Ségolène a beau déclarer que 2012 n'est pas le problème, qu'elle n'y pense pas - pas même en se rasant le matin - on sait pourtant depuis le 6 mai au soir qu'elle s'est engagée à emmener la gauche vers d'autres victoires. Quant à la mairie de Paris, on la sait également un bon marchepied.
En ajoutant à cela le quadruple salto du Modem et la politique d'ouverture, on y voit d'un coup beaucoup plus clair…

Mais deux choses en particulier sont nouvelles et intéressantes dans ces municipales.
Tout d'abord, nous verrons si l'expérience accumulée pendant la campagne présidentielle par Désir d'Avenir va payer aux municipales. Autrement dit, l'organisation au plan national des débats participatifs - qui à l'époque en ont fait rire plus d'un -  prend tout son sens au plan local. Or le réseau existe et l'expérience est récente et disponible. Il se pourrait bien que soit là un avantage déterminant pour Ségolène Royal et qu'elle tire enfin profit d'une opération peu crédible et peu rentable en 2007. Bertrand Delanoë a beau arguer qu'il n'a pas attendu l'an passé pour exercer la démocratie locale et participative à Paris, qui donc s'y intéresse à Nogent-le-Rotrou ?  Si la méthode Royal est validée par un succès municipal, nombre d'élus socialistes seront à ses côtés quand il s'agira de se choisir un leader, au congrès. L'UMP, de son côté, excelle dans le show triomphant. Mais pour le reste, j'ai en tête les images pathétiques du débat participatif de contre-attaque organisé par MAM en 2007…

Enfin, je me demande si, à l'instar de ce qui a été révélé en 2007 au plan national, une blogosphère de proximité citoyenne émergera et quel sera son influence. Après tout le cyber-communautarisme local existe déjà et pourrait bien avoir un impact beaucoup plus déterminant dans l'espace borné de la ville. Or la blogosphère est, pour beaucoup de raisons, davantage un levier de gauche.

Vignette : Les très riches heures du duc de Berry ;  Les frères Limbourg ; Vers 1416