PS: l’improbable découpage

afrique1711.jpgSi d'aventure Royal devait perdre – ce que je souhaite et pense probable – elle n'aura pas à refonder la république. Elle aura raté son passage en VIème. Le primaire lui réussit, on le sait. Sans doute verra-t-elle aussi s'espacer les crises de SCCM (Syndrome Compulsif Constitutionnel de Montebourg) qui l'ont frappée il y a quelques semaines, une pathologie agressive et contagieuse, essentiellement vers le Centre. Pour autant, sa fièvre trouvera sans doute dans l'explosion plausible du PS de quoi consumer l'énergie refondatrice qu'elle aura épargnée. A moins que ses amis politiques ne lui conseillent amicalement de l'exercer en Poitou-Charentes. Et pour le reste, on en reparlera.
Car enfin, vu de l'extérieur, rien ne renvoit davantage à ce parti que le découpage post colonial de l'Afrique. Je veux dire par là que les ethnies politiques qui le composent n'ont pas été respectées dans le tracé hasardeux des frontières, c'est une évidence. On se demande quelle nouvelle "synthèse" inter-tribale pourra agencer sans fou-rire la Social-démocratie plan-plan de Strauss Kahn - qui cligne de l'œil à celle de l'UDF vaguement plus libérale et rougissante – le libéral socialisme d'un Jean-Marie Bockel - qui contourne presque Bayrou pas sa droite – l'archéo-socialisme d'un Mélenchon dont le trait d'union prend fin place du Colonel Fabien, l'opportuno-anti-européeano-archéo-socialisme d'un Fabius, le réformisme amphibiologique de Martine Aubry – seul femme connue pour être l'ancêtre de son père – ou le révolutionisme baroque et dilettante du vicomte de Montebourg, figure idéale pour le show 2007 du Puy-du-Fou … pour ne citer qu'eux. Allez, voilà du café, celui qui tient le plus longtemps écrira la synthèse, quand les autres auront craqué. Enfin, s'il a apporté son Mac…
Dans le paso-doble idéologique des dernières semaines, le parti socialiste ne semble plus tenir que par la grâce de Sarkozy qui, dans le grand théâtre de campagne, joue le rôle du méchant gendarme, de l'intégrateur négatif - comme le désignent les experts de la dynamique de groupe. Mais cela ne suffit plus. D'ailleurs il a rendu son képi à la procure. Lyautey disait "J'ai moins d'admiration pour Napoléon depuis que je connais la faiblesse des coalitions…" Et voilà que cette détestation sacrée et unitaire rencontre sa limite lorsque quelques jeunes cherchent, certes maladroitement, le dialogue avec la police dans les couloirs de la Gare du Nord. Même les blogs de gauche, les bons en tout cas, s'interrogent…
Aérienne, souveraine et souriante, Royal plane au-dessus des artistes qui s'agitent. Depuis peu, Hollande vient chauffer la salle pour un coming-out conjugal inattendu. Il leur reste ça. M
ais après tout, n'est-ce pas l'essentiel? On fait toujours donner les clowns avant les trapézistes, non? Normal, quand ils se ramassent, l'ambiance tombe.
Mieux vaut faire rire avant.

Vignette: Carte d'Afrique de 1711 (J.B. Homann).

Commentaires (11) to “PS: l’improbable découpage”

  1. Excellent.
    Êtes vous vraiment sûr que l’épisode Gare du Nord soit si pédagogique ? Son aspect confus, entre le théatre de l’absurde et Laurel et Hardy, en font un objet multi-ré-interprétable .
    Qui permet à compère et commère de retrouver leur jeu favori avec un texte que la gauche bécassine , dans un bel effort de reniement ‘lucide’,accepte tardivement de barbouiller bleu-blanc-rouge
    Bayrou est le vrai dindon de ce cirque, étouffé dans ce grand décor de milliers de petits drapeaux beurs chantant mécaniquement une marseillaise identitaire .

    Que Royal n’accède pas au trône serait probable ? Oui si le vote avait lieu dimanche 1er Avril. Dans le bocal de l’isoloir l’électeur hésitant est un poisson rouge dont la mémoire ne dépasse pas les 3 dernieres semaines

  2. Sarkozy a été diabolisé par la gauche et par le Centre. Dire “je vote Sarko”, c’est souvent s’exposer à des injures, rarememnt argumentées (Olivier, à toi!). Mon sentiment est donc que sa position actuelle dans les sondages est sous-estimée.

  3. Mais je ne “m’interroge” pas en ce qui concerne la gare du Nord, pas plus que je ne me suis interrogé au moment des émeutes de 2005. Et je n’ai pas l’impression que Ségolène soit dans le doute sur ce point non plus. Ah, mais c’est sans doute que mon blog est un “bon blog de gauche” et que Ségolène est une “bonne candidate de gauche”…

  4. Non, Hugues. Je ne peux pas laisser dire cela. J’ai lu le livre de Besson et passé l’après midi de dimanche avec des amis qui sont au coeur de la campagne socialiste. Leur diagnostic est conforme au livre, même s’ils regrettent le comportement (inacceptable politiquement, c’est vrai) de l’ancien “chiffreur”.
    On dit que les équipes de Royal s’opposent et ne travaillent pas ensemble, mieux, sont en concurrence, la candidate ne lit pas les notes qu’elle réclame et improvise, elle tient le parti à distance, humilie les dirigeants du PS qui maintenant sont en posture de “service minimum”… Continuer à marteler qu’elle est une “bonne candidate” est sans doute loyal et responsable, mais ne convainc plus guère…

  5. Y-a-t-il un comportement ‘acceptable’ , en politique ?
    ( Si oui : Ségolène ‘regrette-elle’ son comportement vis à vis d’Eric ?)

  6. Le pen a été diabolisé par la gauche et par le Centre. Dire “je vote Le Pen”, c’est souvent s’exposer à des injures, rarememnt argumentées. Mon sentiment est donc que sa position actuelle dans les sondages est sous-estimée.

  7. Ah, Antoine… vous revoilà. J’avais peur! Oui, vous avez raison. Et la diabolisation de l’adversaire est le projet politique des faibles. Jusqu’à preuve du contraire, c’est une démarche contreproductive. Mitterrand a tué les communistes en expliquant qu’ils étaient fréquentables. Mais n’est pas Tonton qui veut.

  8. Oui, je repasse sur vos terres, Charles, mais j’avoue que j’y prends moins de plaisir.

    La quasi-totalité de vos billets se résume désormais à une attaque en règle — répétitive, parfois superficielle et pas toujours de bonne foi — de la candidate socialiste. Les rares exceptions sont les billets consacrés à l’agiographie sarkozyste.

    Je confesse que je trouvais votre blog plus stimulant lorsqu’il était moins manichéen. Il tend de plus en plus à ressembler à une plateforme militante, comme le net en regorge.

    J’espère que vous êtes dûment rétribué pour cet activisme, ce ne serait que justice. Et puis, la stratégie est assez efficace : adopter un ton à la fois exigeant et séduisant, faire preuve d’ouverture et d’interrogations, avant de — la campagne se rapprochant de la fatale échéance — “dévoiler” des choix qui, en réalité, étaient faits dès l’origine et justifiaient l’ensemble du processus.

    Concernant mon commentaire, je voulais simplement souligner le parallélisme entre deux diabolisations et suggérer que celles-ci ne sont pas nécessairement dénuées de tout fondement.

  9. L’éclatement en multiples factions a peut-être un autre soubassement, culturel celui-la. La France aux cent fromages est aussi celle des tribus aui ne sont réconciliées, et encore, aue face à un ennemi extérieur. L’Union sacrée n’a existé en fait qu’une seule fois dans l’histoire, lors de la Grande Guerre.
    Il y a aussi un élement conjoncturel qui dépasse les frontières. Il y a dix ou vingt ans, c’est la droite qui était divisée, qui paraissait même irrémédiablement telle. Que s’est-il passé ? Il me semble que la chute du mur de Berlin, brêche ouvrant sur la mondialisation, est l’élément tectonique qui n’a pas été pris en compte par la gauche française. S’il y a révolution à faire, elle est intellectuelle.

    L’absence de réalisme de la gauche ne permet pas à la France de faire face aux réalités du monde, elle reste engluée dans des concepts, des disputes, des discours, et récemment encore des personnes, du passé, des années soixante et sixante-dix.

    De ce point de vue, Sarkozy paraît le seul candidat en lice capable, par son pragmatisme, son ouverture sur le réel, sa relative liberté vis-à-vis des partis, de dépasser les clivages et d’aider la France à faire face au monde actuel. Il peut donner le ton, la direction, mobiliser.

    PS pour Antoine et les autres je précise que je ne suis pas “Sarkozyste”, mais pas de gauche non plus on s’en sera douté. Le Pb que je vois avec Sarkozy est l’alimentation qui lui est donnée par ses divers conseillers, parfois bien indigent brouet bien trop politiquement correct : bon pour la tactique, mais pour la stratégie à long terme ? Il y a mélange des rôles, ceux de DG et de Président. Les institutions n’aident pas à calmer le jeu.

  10. Je suis encore une fois d’accord avec Antoine.
    Et il me semble évident que toutes ces critiques, comme celles que Claude vient d’ajouter ci-dessus, peuvent s’appliquer aussi bien à Nicolas qu’à Ségolène.
    Alors vouloir grossir le trait d’un côté et gommer les “petites” imperfections de l’autre constitue des arguments de bien peu de valeur.

  11. C’est drôle, je n’avais pas l’impression d’avoir écrit une critique sur une personne, à part un peu sur Sarkozy, et je faisais un parallèle la droite et la gauche, certes décalé dans le temps, enfin, bon … A propos de Sarko, lis sur Yahoo ce matin : “Sarkozy promet la citoyenneté française aux femmes martyrisées” … Surenchère dans le pathos et le populisme, n’importe quoi !

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